samedi 20 septembre 2008

Bulles, krach et rebonds !

La semaine dernière, nous avons vu le petit monde de la finance se faire de très grosses frayeurs. Les bourses ont connu leurs plus fortes baisses depuis 2001 et aux Etats-Unis, une banque de premier plan, Lehman Brothers, a fait faillite tandis que la plus importante société d'assurance américaine, AIG, échappait à la déroute en se faisant racheter 80 % de son capital par la banque centrale américaine !
Voir le dessin de Chappatte paru jeudi 18 septembre dans Le Temps (Genève), intitulé "La chute ... et le parachute" :


Comment en est-on arrivés là ? Comment en sortir ? J'avais déjà mis un billet sur la question l'an passé (voir ici), mais l'actualité m'oblige à remettre ça ... Je vais essayer d'expliquer la situation en termes simples, et en agrémentant tout cela de quelques liens vous permettant d'aller plus loin (dessins, vidéos, et quelques articles).

Au commencement, il y a des ménages pauvres qui rêvent de s'acheter une maison ou un appartement. Compte tenu de leurs ressources et donc des risques de défaut de paiement, ils ne peuvent emprunter qu'à des taux plus élevés que les ménages plus aisés : ils ne bénéficient pas de la "prime", autrement dit des taux plus faibles offerts aux ménages aisés, d'où le terme "subprime" en anglais. Pour les convaincre de sauter le pas et bénéficier de ces rendements élevés (mais risqués), des banquiers imaginent de leur proposer des prêts à taux variables, faibles au moment de la signature du contrat mais qui peuvent ensuite beaucoup s'élever. Et pour se couvrir en cas de défaut de paiement, les banques "hypothèquent" la maison : elles peuvent la saisir et la revendre.
Tout ce bel édifice financier repose sur l'idée que, si ces prêts "subprime" sont très risqués individuellement, ils sont collectivement très rentables : les défauts de paiement sont rares tant que les taux d'intérêt sont faibles et, en cas de saisie, la revente permet de faire de belles plus-values vu que les prix de l'immobilier n'arrêtent pas de grimper ... du fait même des achats nombreux qu'autorisent ces prêts !

Tout allait bien tant que les taux d'intérêt étaient bas et que les prix de l'immobilier augmentaient dans une sorte de "bulle spéculative". Mais, à partir de 2005, la Banque Centrale américaine commence à remonter les taux d'intérêts qu'elle accorde aux banques quand elle leur prête de la monnaie car, à force d'accorder des prêts à tour de bras et de permettre à beaucoup de ménages d'acheter des maisons, des voitures, de l'électroménager, des ordinateurs etc., les prix se sont mis à augmenter de manière excessive : l'inflation est de retour, conséquence logique d'un excès de création de monnaie.
Les taux augmentant, il y a de moins en moins de ménages qui peuvent prendre un prêt "subprime" et donc de moins en moins de demande pour l'immobilier. En parallèle, les défauts de paiement commencent à se multiplier, conduisant les banques à revendre ces biens immobiliers. Des achats moins nombreux et des ventes plus importantes : toutes les conditions sont réunies pour que les prix de l'immobilier se retournent et se mettent à baisser à partir de l'été 2007.

C'est très bien expliqué dans cette vidéo de Courrier International expliquant à l'automne 2007 la crise de l'été, à l'aide de dessins de presse :



La belle mécanique des "subprimes" se grippe à partir de l'été 2007 aux Etats-Unis. Mais pourquoi cette crise qui ne concerne que l'immobilier aux Etats-Unis va-t-elle se généraliser à l'ensemble du système financier mondial ?
La réponse a un nom barbare : la titrisation. En clair, les banques qui ont pris des risques en prêtant à des ménages désargentés peuvent, grâce à des innovations financières toujours plus complexes, se débarrasser de ces "crédits pourris" en les mettant avec d'autres crédits de meilleure qualité dans un même panier, et en revendant ce panier à d'autres acteurs financiers.
Ces titres sont tellement complexes qu'ils agissent comme un rideau de fumée masquant les risques réels supportés par ceux qui les achètent. Et, tant que les taux d'intérêt américains sont faibles et que les prix de l'immobilier augmentent, ces titres sont très rentables ! Ils vont donc trouver preneurs un peu partout dans le monde, mais particulièrement dans les grandes banques américaines qui ont fait la une de l'actualité au cours des semaines passées.
Ils ont un autre gros avantage : ils font sortir du bilan des banques ces créances douteuses. Celles-ci peuvent donc continuer de prêter à des ménages peu solvables sans qu'apparaisse clairement dans leur bilan les risques qu'elles prennent.

Une bande dessinée circule depuis quelques jours dans les bureaux des grandes banques de New York pour expliquer comment les financiers ont pu camoufler les risques pris par les banques par des opérations financières toujours plus sophistiquées. Cliquez sur l'image pour lancer le diaporama ou cliquez ici pour sauvegarder le pdf sur votre ordinateur.

Tout le problème, aujourd'hui, est qu'il est extrêmement difficile de savoir quelles institutions sont les plus touchées. Ceci crée un climat d'incertitude qui conduit les banques à moins se prêter de liquidités entre elles, alors qu'elles en ont besoin au quotidien, et à moins accorder de prêts aux entreprises et aux ménages, à moins que ceux-ci offrent des garanties très solides. A terme, une crise au départ financière peut donc se transmettre au reste de l'économie si les restrictions du crédit affaiblissent trop la consommation et l'investissement, et donc la demande globale.

Pour éviter ce scénario catastrophe, les banques centrales et le gouvernement américain ont pris des mesures sans précédent. Les premières ont accordé des prêts aux banques qui manquaient de liquidité et la FED a même racheté 80 % des actions de l'assureur AIG. Le gouvernement américain est en train de peaufiner un plan de rachat par l'Etat fédéral de tous ces crédits "subprimes" qui minent le système financier, pour un montant évalué aujourd"hui à 700 milliards de dollars (soit presque le tiers du PIB d'un pays comme la France !).

Faut-il être inquiet ? Comme le montre l'économiste Elie Cohen dans le reportage ci-dessous auquel j'ai emprunté le titre pour ce billet, en 10 ans le monde a connu 5 crises financières. Deux conclusions opposées pourraient être tirées de ce constat.
D'une part, cela peut montrer la capacité des marchés financiers à "rebondir" et la capacité des autorités monétaires à gérer ces crises. La crise de 1929 s'expliquerait partiellement par une réponse inappropriée des autorités monétaires de l'époque et nous aurions depuis appris à prendre les mesures empêchant un effondrement de l'ensemble du système financier.
A l'inverse, la fréquence de ces crises peut conduire à penser que si celle-ci ne conduit pas à un effondrement, la suivante pourrait être "The Big One". Pour limiter les crises, des régulations avaient été mises en places après 1945, qui ont progressivement disparu depuis le début des années 1980 et la vague de "dérégulation" de l'économie. Les mesures annoncées pour sortir de la situation actuelle visent pour l'essentiel à minimiser les pertes des institutions qui ont pris les plus gros risques : les profits étaient privés, mais les pertes sont supportées par la collectivité. Mais une véritable stabilision du système financier supposera également de mettre en place des régulations au niveau international, en particulier pour limiter les effets des innovations financières et contrôler les activités bancaires.

Pour un retour sur les 5 crises financières de la décennie écoulée (1997 : crise asiatique ; 1998 : LTCM et la Russie ; 2000 : la "bulle" de l'internet ; 2001 : le mensonge Enron ; 2007 : la crise des "subprimes"), le reportage de Michel Kaptur (réalisateur) et Elie Cohen (auteur), passé sur Arte le 2 juillet 2008 :





Pour finir, je vous propose un débat entre deux économistes réputés, par l'intermédiaire d'articles parus à deux mois d'intervalle, qui montrent les différences d'interprétations au sein de cette profession sur cette crise :

- Pour Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement (Genève), c'est la plus grave crise de toute l'histoire bancaire mais "un marché où seuls les bons survivent est un marché efficace", les "mauvais" vont disparaître, les "bons" survivre et "Wall Street va bientôt retrouver une nouvelle jeunesse". Sur les remèdes, il continue à plaider pour moins de réglementation : "on pourrait presque se demander s’il n’aurait pas été préférable de ne pas avoir de réglementation du tout, comme au dix-neuvième siècle, plutôt qu’une réglementation qui crée une fausse impression de sécurité et, d’une certaine manière, engage la responsabilité des gouvernements – et donc celle de leurs contribuables – qui ont mis en place de mauvaises règles". Lire ici : "La fin du capitalisme ? Non, bien au contraire ...", Telos, 19 septembre 2008.

- Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001 et professeur à Columbia (NY), est en désaccord total avec cette analyse. Selon lui, "le monde n'est pas tendre envers le néolibéralisme, ce fourre-tout d'idées basées sur la notion fondamentaliste que les marchés sont autocorrecteurs, qu'ils distribuent efficacement les ressources et servent l'intérêt général". La crise financière actuelle montre que les acteurs n'ont pas évalué correctement les risques pris, et que ces risques n'ont pas été reflétés correctement dans les prix déterminés sur les marchés (des taux d'intérêts proposés aux ménages pauvres au prix des actions des banques et compagnies d'assurances qui prenaient ces risques). Pourtant, "les défenseurs du fondamentalisme de marché veulent faire porter la responsabilité de l'échec du marché, non à l'économie de marché mais au gouvernement", position que l'on retrouve dans l'article de Wyplosz cité ci-dessus. En vérité, selon Stiglitz, "les banques américaines ont mal géré les risques, et cela à une échelle colossale, avec des conséquences mondiales, tandis que les dirigeants de ces institutions sont partis avec des milliards de dollars d'indemnité". Il faut cesser de s'appuyer sur une théorie fausse (le marché s'autorégule et les prix reflètent des éléments fondamentaux comme le risque ou les espérances de gains) et réguler les marchés pour les stabiliser. Lire ici : "La fin du néolibéralisme", Les Echos, 21 juillet 2008.

A vous de vous faire une idée avec tout ceci. Vous pouvez réagir ici en mettant un commentaire, un lien vers un article, un dessin, une vidéo, etc.

Voir ici la suite : Bulles, krach et rebonds ! Episode 2 sur la création monétaire.

20 commentaires:

Cédric Eyssette a dit…

Votre billet me clarifie grandement les idées.
Merci beaucoup !

Rémi Jeannin a dit…

Il y a pas de quoi !

Maxbault a dit…

Je commence aussi à comprendre... Mais c'est très compliqué quand même !!

Pour résumer, pique 3 Euro tu vas en prison, détourne des millions tu vas au Fouquet's

Rémi Jeannin a dit…

Ce n'est pas simple si on veut tout prendre en compte pour expliquer cette crise. Mais il y a des petites "briques" d'explication que vous pouvez saisir : trop de création de monnaie par les banques + trop de prises de risque en prêtant à des ménages peu aisés + une "bulle spéculative" qui fait monter les prix de l'immobilier ... mais qui se retourne.
Mais attention : il n'y a pas eu de détournement d'argent ici ! Tout est légal, c'est juste des acteurs qui ont pris trop de risques, et des "régulateurs" (banques centrales pour l'essntiel) qui n'ont pas su prévenir la crise.

littlehorn a dit…

Salut, je viens d'@si.

Déjà, quelle ironie que Stigliz se dise anti-néolibéral alors qu'il vient de Columbia, le creuset de cette idéologie.

Le néolibéralisme est une imposture, qui se réclame du non-interventionnisme, ce qui est ridicule.
Le néo-libéralisme est tout simplement l'interventionnisme pour les riches et le non-interventionnisme pour les pauvres.
Il suffit d'étudier l'Amérique, le Chili, la Russie post-soviétique, et tout autre pays que les néolibéraux ont "amélioré" pour le comprendre.

Ainsi donc, bien loin d'être le seul produit du capitalisme débridé, ce serait plutôt le produit du corporatisme: l'alliance de l'Etat et des entreprises.
L'Etat et les instances de régulation ont laissé faire comme vous l'avez indiqué. Etait-ce purement par idéologie ?
Je ne crois pas. Ce sont des instances de régulations, elles ne croient pas au non-interventionnisme, par nature. Elles ne sont pas intervenues parce que le gouvernement travaille avant tout pour les riches. Il est dans leurs mains.

Le libre-marché n'est pas une réalité aux Etats-Unis. C'est un mythe qui fait joli.

Ellis/@sinaute aussi a dit…

Bonsoir,

Au-delà (ou en deçà)des approches globales de cette crise, un point me surprend : en fin de compte, l'erreur initiale et fatale a-t-elle été d'imposer des taux d'intérêts variables ? Le "système" aurait-il pu continuer de tourner rond longtemps, si les ménages subprimes avaient pu rembourser leurs prêts sur la base d'un taux fixe (et plutôt faible) ? Ou bien une société du crédit et à crédit est-elle structurellement condamnée d'avance ?

littlehorn a dit…

Je suis un amateur du dimanche Ellis, donc ce que je répondrai, ça vaut ce que ça vaut:
L'intérêt des subprime lending n'était-il pas justement d'avoir un taux variable ? Faible au début, fort ensuite ? Où aurait été l'intérêt pour celui qui fait le prêt, si le taux avait été constamment faible ?
Encore une fois, juste une remarque d'amateur, c'est Rémi le spécialiste :-p.

Rémi Jeannin a dit…

Réponse à Ellis :
Même avec des taux fixes et faibles, le système n'aurait pas pu continuer à "tourner rond" durablement. C'est très bien expliqué par "Mr Greed" dans l'article de Rue 89 cité par Dan d'ASI. Je cite :
"Quand une banque estime la capacité de remboursement d’un ménage en fonction de son revenu disponible (approche de « trésorerie »), elle prend un risque sur la baisse des revenus (perte d’emplois, etc.) de son client.
Quand elle estime la capacité d’endettement d’un ménage non pas en fonction de son revenu disponible, mais en fonction de son patrimoine (approche « patrimoniale »), elle prend un risque sur la conjoncture globale."
Ce qui s'est passé aux Etats-Unis, c'est que la capacité d'endettement a été évaluée à partir de l'augmentation de la valeur du patrimoine immobilier possédé par les ménages. Cela a créé une bulle spéculative dopée par le crédit : comme le crédit est abondant, les ménages achètent de l'immobilier en quantité, les prix des maisons augmentent, et donc la "richesse" des ménages propriétaires augmente ... ce qui leur permet de s'endetter davantage.
Quand la banque centrale a du relever les taux pour calmer l'inflation, les achats de logement ont été un peu moins nombreux, les prix ont stagné puis baissé, la "richesse" patrimoniale des ménages aussi, donc moins de crédits ont été distribués, ce qui a entraîné une baisse encore plus importante des prix ... etc. Le fait que les taux soient variables pour la plupart des crédits "subprimes" (10 % des crédits immobiliers aux USA) n'a fait que renforcer les difficultés de ces ménages, mais ce n'est pas LE facteur essentiel de la crise : tout se ramène en fait à une création monétaire excessive et à une bulle spéculative sur l'immobillier.

Ellis a dit…

Merci pour votre réponse. Je comprends maintenant mieux qu'on n'ait pu enrayer la machine en abaissant simplement les taux d'intérêt.

Guy a dit…

Bonjour,

L'idée que les choses seraient difficiles à comprendre est basiquement une idée de mandarin universitaire. J'ai étudié l'économie pendant quatre ans à l'université, ça me sert surtout à être libre par rapport aux économistes officiels... Finalement, je crois que les choses sont assez simples.

Je m'explique dans "1929 -1989-2009", publié sur http://www.cemab.be/news/2008/10/5822.php

Rémi Jeannin a dit…

Entièrement d'accord avec Guy : l'idée que tout cela est trop complexe pour être expliqué au plus grand nombre est une idée reçue.
Je me permets de faire le lien avec l'actuelle remise en question des Sciences Economiques et Sociales au lycée par des lobbys proches du MEDEF : en clair, il nous est dit que des sujets comme la mondialisation, l'Europe, le développement durable, ou la crise financière sont trop complexes pour les élèves, et qu'ils devraient avant tout apprendre la "boîte à outils" des économistes, pour seulement ensuite (après une licence, un doctorat ?) s'intéresser à l'utilisation de ces outils sur des questions précises. Les élèves de lycée ne sont pas de futurs économistes ou sociologues, mais des citoyens en devenir, et ces questions les intéressent, peuvent les amener à comprendre l'utilité des raisonnements économiques et sociologiques, et donc à acquérir une partie de la "boîte à outils". Mais il ne faut pas inverser les priorités !
Pour plus d'infos : www.apses.org

Guy a dit…

Un exemple sur les dérives de la "science" économique actuelle, telle qu'en parle Paul Jorion: "Comprendre la crise" http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2216 . C'est lui qui met les guillemets et je les approuve.

Le blog de cet intéressant personnage au parcours étonnant: http://www.pauljorion.com/blog/?page_id=390

Anonyme a dit…

Bonsoir Rémi
Très belle analyse qui a surtout le mérite d'être très claire et donc abordable...

Rémi Jeannin a dit…

Merci ! Mais c'est qui le gentil anonyme ?

Foup a dit…

Très bon article.

Je m'étonne encore que les analyses les mieux résumées fuient les grands sites d'information pour se retrouver sur des blogs pas forcément faciles à trouver au premier abord. Merci à @si pour le lien, et merci à vous.

Rémi Jeannin a dit…

Merci à toi pour les éloges ! Cela montre que les Sciences Economiques et Sociales répondent à une demande dans la société, des lycéens comme des adultes.

Nathan M. a dit…

Ce blog m'a été conseillé par mon prof de SES pour un devoir sur la crise financière et je dois dire qu'il est vraiment trés interessant et trés bien expliqué, et que je reviendrais y jeter un coup d'oeil de temps en temps.
bravo pour votre travail

Rémi Jeannin a dit…

Merci pour le compliment. N'hésite pas à revenir et à poser des questions si besoin !

Anonyme a dit…

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