Un petit billet pour prolonger ici une discussion que nous avons eu en cours avec les Terminales sur des personnes qui sont présentées comme des "experts" par certains média (nous parlions d'Alain Minc en particulier ...) mais qui utilisent parfois des raisonnements très très contestables ...
Dans un billet récent sur son excellent blog de décryptage de l'actualité économique (que je vous recommande chaudement), le journaliste économique Jean-François Couvrat épingle Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand qui écrit et parle aujourd'hui sur à peu près tout, et Michel Pébereau, ancien PDG de BNP-Paribas et actuel président de son Conseil d'Administration, président de l'Institut de l'Entreprise (un organisme financé par de grandes entreprises pour contribuer aux débats publics sur les questions économiques) et à ce titre un des principaux critiques de l'enseignement des SES au lycée, accusées de manque de rigueur scientifique et de dérives idéologiques.
Michel Pébereau déclarait ainsi le 5 octobre 2003 dans Le Monde :
Chaque année, nos paiements courants apportent un excédent de l’ordre de 2 % de notre PIB pour financer l’économie nationale.
De la part de Michel Pébereau qui est un des principaux censeurs des SES, cette ignorance de l'équilibre ressources-emplois, au programme du premier chapitre du programme de 1ère ES, ne manque pas de piquant. Un petit rappel à partir d'une infographie réalisée par Alternatives Economiques dans un article très clair d'Arnaud Parienty :
Dans une économie donnée, un excédent des échanges extérieurs (des exportations supérieures aux importations par exemple) se traduit donc par une capacité de financement vis-à-vis du reste du monde résultant d'un excès de l'épargne sur l'investissement. L'excédent extérieur d'un pays comme la France signifie donc que les agents de cette économie peuvent financer avec cet excès d'épargne des investissements dans le reste du monde ... et non que cet excès d'épargne finance des dépenses d'investissement dans l'économie nationale !
Le même Michel Pébereau déclarait le 8 janvier dans le magazine Challenges en faisant référence à Alternatives Economiques, journal qui selon lui s'oppose à l'enseignement de la microéconomie au lycée :
Pour moi, ce journal conteste le théorème de Pythagore.» [...] «La microéconomie est une science dont les lois valent partout, en tous temps. La macroéconomie, en revanche, permet toutes les interprétations idéologiques.
Or, à ma connaissance, l'équilibre ressources-emplois est peut-être le seul mécanisme économique valable partout, en tous temps et lieux, de manière axiomatique (comme certains théorèmes mathématiques) car c'est une pure relation d'équivalence : les produits sont utilisés ou stockés ... Un excédent extérieur correspond donc à un excès d'épargne sur l'investissement et donc à une capacité de financement de la nation vis à vis du reste du monde. Et c'est bien un raisonnement macroéconomique qui, pour le coup, peut revendiquer un statut comparable au théorème de Pythagore. Les "lois" de l'offre et de la demande ou la détermination de l'équilibre du producteur (la quantité qu'il va produire en fonction du prix du marché) et du consommateur (la quantité qu'il va consommer en fonction du prix du marché) ne peuvent pas revendiquer une telle validité universelle car chacun de ces mécanismes dépend de paramètres qui prennent des valeurs très différentes ici et là.
En bref, la macroéconomie n'est pas plus ou pas moins scientifique que la microéconomie. Et ce qui n'est pas scientifique et relève de l'idéologie, c'est d'affirmer que seule la microéconomie est scientifique ... ce qui suppose de ne pas s'emmêler les pieds dans certains mécanismes essentiels que propose l'approche macroéconomique !
Une petite pierre dans le jardin de notre censeur préféré ...
Au cours de la dernière séance d'ECJS avec le groupe 1 en TES, nous avons discuté des annonces faites le jour même par le Président de la République qui souhaite supprimer le rôle actuel du juge d'instruction dans la procédure pénale. Comme promis, voilà quelques éléments complémentaires pour éclairer votre jugement dans ce qui s'annonce être un des débats politiques important en 2009.
Pour ceux qui ne seraient pas au clair sur le fonctionnement de la justice pénale en France, les rôles respectifs des juges du parquet et des juges du siège (dont fait partie le juge d'instruction), voir le billet précédent posté ici.
Le ministère de la justice propose sur son site des animations très éclairantes sur le fonctionnement de la justice et les métiers de la justice (à consulter également si vous commencez à songer à vous orienter vers le droit l'an prochain ...). Il y a une page consacrée au juge d'instruction ici, avec une interview assez éclairante d'une femme juge d'instruction.
Rappelons quelques points importants : - C'est le procureur de la République (le "parquet", dépendant directement du Ministère de la Justice) qui décide de l'ouverture de poursuites dans une affaire judiciaire au nom de l'Etat ou sur demande de personnes portant plainte et se constituant "parties civiles". L'affaire n'est instruite par un juge d'instruction que dans le cas de crimes et de délits graves et complexes, soit environ 5 % des affaires pénales, mais ces affaires sont parfois très "sensibles" : soit parce qu'elles peuvent avoir un écho important dans l'opinion du fait de leur couverture médiatique ; soit parce qu'elles peuvent concerner des personnes haut placées ou des intérêts puissants (entreprises, partis politiques, etc.). Dans les 95 % d'affaires pénales restantes (contraventions, délits peu graves ou peu complexes), c'est le parquet qui dirige les enquêtes de police. - Puisque le juge d'instruction est en charge d'affaires où les pressions politiques, économiques ou médiatiques peuvent être importantes, c'est aujourd'hui un magistrat indépendant et inamovible qui fait partie des magistrats du "siège". Il doit "instruire" le dossier, c'est à dire effectuer tous les actes qui peuvent aider à la "manifestation de la vérité", à charge comme à décharge. Son travail est contrôlé par la chambre de l'instruction dépendant de la cour d'appel. - Il peut procéder à la mise en examen des personnes ou demander à ce qu'elles soient placées sous le statut de témoin assisté. Il peut demander à ce que les personnes mises en examen soient placées en détention préventive mais c'est le juge des libertés et de la détention qui en décide depuis 2001. Une fois qu'il estime son travail terminé, il peut "mettre en cause" la ou les personnes mises en examen et les renvoyer devant un tribunal, ou prononcer une ordonnance de "non lieu" si les charges sont insuffisantes.
Le juge d'instruction est donc un élément clé de la procédure inquisitoire qui existe en matière pénale en France depuis Napoléon 1er, et même sous la Monarchie (les juges d'instruction sont les lointains héritiers des lieutenants criminels du Roi ...). Au contraire, dans le système anglo-saxon, la procédure pénale est une procédure accusatoire où le juge joue un simple rôle d'arbitre entre l'accusation menée par le parquet (les procureurs, qui sont des magistrats élus aux Etats-Unis, et indépendants du pouvoir politique) et la défense. Dans ce système accusatoire, l'essentiel se joue lors du procès, de manière contradictoire, dans les débats opposant le procureur qui enquête "à charge" et les avocats de la défense qui vont rechercher les failles dans l'argumentation du procureur. Ce sont ces procès que mettent en scène les séries américaines traitant du monde de la justice, notamment Boston Justice (visionnable sur 13e Rue. Avis personnel : Excellent !!!) ou NCIS (mentionnée par Jonathan en cours, mais je n'ai jamais regardé car je n'ai pas de TV ...). Attention : ces procès n'ont pas grand chose à voir avec les procès tels qu'ils se déroulent en France ... mais ils pourraient bien ressembler aux procès futurs en France si le juge d'instruction disparaissait et que nous passions à une procédure accusatoire.
Voir également, en vous procurant le DVD, l'excellent documentaire de Jean-Xavier de Lestrade, Un coupable idéal, qui a obtenu l'Oscar du meilleur documentaire en 2001. Il montre le travail d'un avocat de la défense qui cherche à disculper un adolescent noir accusé du meutre d'une femme blanche sur le simple témoignage du mari de celle-ci et sur la foi d'aveux extorqués par la Police peu après l'arrestation. Vous pouvez voir le début ici :
La suppression du juge d'instruction, sans autres changements du système judiciaire français, semble poser deux questions : - Celle de l'indépendance de la justice, car les enquêtes seraient dorénavant menées par le Parquet. Or les procureurs sont nommés et dépendent directement du Ministère de la Justice. - Celle de l'égalité des citoyens devant la justice, car le rôle de l'avocat de la défense serait désormais de défendre son client en se donnant les moyens de contredire l'enquête menée "à charge" par le procureur (expertises, recherches, témoignages etc.) ce qui peut avoir un coût exhorbitant.
Pour un aperçu des débats concernant cette annonce, vous pouvez écouter pendant une semaine l'émission "C dans l'air" du jeudi 8 janvier 2009 ici.
Je vous propose également deux interviews pour aller plus loin, de manière "contradictoire" (pour rester dans les termes juriques ...) : - "A décharge", Mireille Delmas-Marty, professeur de Droit au Collège de France et à l'origine d'un rapport demandant la suppression du juge d'instruction en 1990 (oui, ça date !) expose les conditions qui permettraient de garantir l'indépendance de la justice. - "A charge", André Vallini, député PS et ancien président de la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau (2005), rappelle les conclusions de ces travaux, son attachement à une procédure inquisitoire qui peut être améliorée, et que les recommandations de cette commission où siégaient des parlementaires de droite comme de gauche ont été à l'origine d'une loi votée en mars 2007 réformant la procédure pénale ... mais qui est aujourd'hui remise en cause alors qu'elle n'est même pas encore appliquée !
Que pensez-vous de cette réforme ? Les commentaires sont bienvenus, ainsi que les demandes d'éclaircissements évidemment.
Certaines de ces animations sont référencées sur le site compagnon du manuel de TES (voir "liens" de ce blog également). C'est mon excellent collègue Joachim Dornbusch (Achères) qui en est l'auteur. 1000 remerciements à lui !
Tout d'abord, puisque nous l'avons exploitée aujourd'hui en TD (voir fichier ici), vous pouvez jouer et rejouer cette animation sur le multiplicateur d'investissement en changeant les valeurs de la propension à épargner et le montant de l'investissement : http://ecomultimedia.free.fr/multiplicateur/multipli.html Au total, si la propension à épargner est de s (0,2 dans l'exemple du cours), l'effet multiplicateur est de 1/s (1/0,2=5 dans l'exemple du cours). Donc, si une entreprise investit 100 euros, cela génère 500 euros d'augmentation du PIB dans l'économie. Magie de l'économie ... Plus fort que la multiplication des pains par un certain JC !
Vous trouverez une autre explication du multiplicateur sous la forme d'un Powerpoint du même auteur ici : http://ecomultimedia.free.fr/term.html Cliquez sur le chapitre concernant l'accumulation du capital, puis sur l'onglet "Multiplicateur". Très pédagogique.
Pour aller plus loin sur l'actualisation, ou comment est évaluée la rentabilité d'un projet d'investissement (seulement pour ceux qui veulent en savoir plus : cela va au delà du programme de terminale, et attention à ce que cela ne génère pas de confusions par rapport à ce qu'on a vu en cours ...) http://ecomultimedia.free.fr/actualisation/index.html
Après le débat sur le jugement des personnes atteintes de troubles mentaux, d' "abolition du discernement", nous avons visionné un extrait d'un reportage montrant le fonctionnement d'une cour d'assises avant les vacances. Je vous propose un petit billet pointant l'essentiel de ce qu'il faut en retenir.
Rappelons qu'une cour d'assises juge des crimes, c'est à dire les infractions les plus graves (meurtres, attentats, viols, etc.). Il s'agit d'une juridiction pénale (qui traite des infractions à la lois) et non d'une juridiction civile (qui traite des litiges entre personnes). Les infractions moins graves sont jugées par le tribunal correctionnel pour les délits (exemple : un vol) et le tribunal de police pour les contraventions (exemple : une entorse au code de la route). Si vous voulez avoir les idées claires sur l'organisation de la justice, les différents ordres judiciaires et les niveaux de juridiction, le ministère de la Justice propose des petites animations (un peu moches, OK, mais pédagogiques) qui peuvent vous aider à avoir les idées claires : http://www.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=10031&ssrubrique=10033#animation_1
Pour ces infractions graves à la loi que la justice appelle des "crimes", depuis la révolution française ce ne sont pas seulement des magistrats professionnels qui jugent, mais également des jurés non professionnels tirés au hasard sur les listes électorales parmi les personnes ayant un casier judiciaire vierge. Les 9 jurés représentent le peuple souverain de la Nation, fondement de la légitimité des lois mais aussi de la Justice dans la République Française. Comme vous l'avez vu dans le procès du reportage, il y a trois ou quatre acteurs essentiels dans un procès d'assises : - L'accusé et le ou les avocats de la défense. Dans le procès du reportage, cet avocat est "commis d'office" car l'accusé a demandé à bénéficier de l'aide judiciaire. - Le ministère public ou "parquet" représenté par l'avocat général , qui prononce un réquisitoire demandant une peine au nom du respect de l'ordre public. - La cour (trois juges professionnels du "siège") et les 9 jurés qui sont là pour prononcer un jugement. C'est le ministère public qui porte plainte, ordonne les poursuites, organise l'enquête (menée par un juge d'instruction) au nom de l'ensemble de la société. Cependant, des personnes estimant avoir subi un dommage direct (victimes) ou indirect (des parents de victimes) peuvent se porter partie civile, constituant ainsi un 4e acteur dans le procès.
On retrouve cette configuration dans le film :
L'accusé est présumé innocent et le doute doit lui profiter : c'est la culpabilité qui doit être prouvée, et non l'innocence d'un accusé qui serait présumé coupable. A l'issue des audiences, les 3 juges professionnels et les 9 jurés se retirent pour délibérer. Ils délibèrent sur la culpabilité (il faut 8 voix au moins sur 12 pour prononcer la culpabilité) et sur la peine (au moins 7 voix sur 12 sur une même peine pour qu'elle soit prononcée).
Pour aller plus loin, vous pouvez revoir le documentaire "Cour d'assises, crimes et châtiments" d'Amal Moghaizel (2008) qui retrace le déroulement de trois procès d'assises qui se sont déroulés au Palais de Justice de Beauvais.
A vous de voir si vous souhaitez continuer sur ce thème, en reparlant peut-être de l'égalité des citoyens devant la justice, ou si vous souhaitez passer à autre chose !
Vendredi 7 novembre de 13h00 à 14h30, vous passerez au CDI pour l'inscription au bac sur internet.
N'oubliez pas : - La feuille de pré-inscription remplie. - L'attestation de recensement ou le certificat de la journée Appel de Préparation à la Défense si vous l'avez déjà faite.
Vous pouvez vous inscrire à deux optionsfacultatives en "candidat libre", sans suivre de cours pendant l'année : une option sportive, une option artistique et / ou une ou deux options linguistiques portant sur d'autres langues que celles choisies en LV1 et LV2 évidemment. L es modalités de passage varient selon les disciplines. Cela peut valoir le coup car seuls les points au dessus de la moyenne comptent (vous ne pouvez pas perdre de points), et coefficient 2 ! Si vous pratiquez régulièrement une de ces activités, c'est l'occasion de grappiller quelques points qui peuvent être précieux pour avoir le bac ou une mention !
Les programmes des options linguistiques Vous pouvez prendre une LV3 en option. C'est à l'oral pour l'arabe, allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, grec moderne, hébreu, italien, japonais, néerlandais, polonais, portugais, russe et vivaro - alpin. Pour d'autres langues beaucoup plus rares, c'est à l'écrit. Je n'ai pas trouvé les pdf des programmes pour les autres langues que l'arabe, mais vous pourrez demander au secrétariat du lycée si vous êtes intéressés.
Pour terminer, voilà un reportage sur l'option surf que les lycéens de l'Académie de Bordeaux peuvent désormais passer au bac, qui montre bien la logique de ces options : permettre aux élèves de valoriser au bac des pratiques qu'ils font dans l'année, mais en les évaluant rigoureusement comme les autres épreuves du bac. Désolé, mais il n'est pas prévu d'option surf sur la Seine pour les candidats de la région parisienne !
Il ne se passe pas un jour sans que de nouvelles péripéties agitent la planète finance. Je vous propose donc une suite en plusieurs épisodes au premier billet consacré à la crise financière, avec quelques explications complémentaires nourries de quelques liens glanés ici et là.
Le but est d'être fidèle au projet des Sciences Economiques et Sociales depuis leur création en 1967 : aider les élèves à comprendre des phénomènes économiques et sociaux comme l'actuelle crise financière à l'aide des raisonnements économiques et sociologiques. Cette ambition est remise en cause aujourd'hui sous la pression d'organisations proches du MEDEF (voir plus d'information ici et là aussi si cela vous intéresse). J'espère montrer par ces billets qu'il est possible d'expliquer des problèmes complexes comme la crise financière actuelle à l'aide de raisonnements rigoureux, de manière accessible au plus grand nombre (et en particulier aux élèves de lycée), dans une position de neutralité qui n'occulte pas les débats entre économistes sur certaines questions.
Si vous n'avez toujours pas compris le mécanisme de la crise ou que vous avez oublié les explications données dans l' "épisode 1", vous avez droit à une session de rattrapage avec cette petite animation conçue par le journal Libération.
Au moins trois mécanismes sont combinés dans la crise actuelle : une création monétaire excessive par les banques qui ont accordé des crédits à tour de bras à des ménages parfois peu solvables (c'est à dire qui avaient peu de chance de rembourser) ; la titrisation de ces créances qui a permis aux banques engagées de s'en débarrasser à d'autres acteurs ; une bulle spéculative dans l'immobilier, qui comme toutes les bulles a fini par se dégonfler.
Je vous propose de revenir sur ces mécanismes dans les billets à venir sur ce blog. Commençons aujourd'hui par la création monétaire par les banques : ça tombe bien, car c'est le chapitre que nous allons commencer en 1ère la semaine prochaine. Donc, pour les premières c'est une sorte de "mise en bouche" qui, j'en suis sûr, vous donnera envie de dévorer le chapitre suivant ; et pour les terminales c'est une petite remise à niveau, je l'espère pas désagréable, et en tous cas absolument nécessaire si vous voulez comprendre quelque chose à la crise.
1 / La monnaie est créée par la banque centrale ... mais aussi et surtout par les banques privées
Pour comprendre ce qui suit, il faut d'abord avoir les idées claires sur ce qu'est la monnaie dans une économie comme la France ou les Etats-Unis. Contrairement à ce que vous pensez spontanément, la monnaie n'est pas principalement constituée de billets ou de pièces (que les économistes appellent monnaie fiduciaire), mais de sommes déposées sur des comptes bancaires et qui n'existent que parce qu'elles sont écrites au bilan des banques (d'où le nom de monnaie scripturale donné à ces sommes), et qui circule grâce à des moyens de paiements comme le chéquier ou la carte bancaire. C'est tout de même assez pratique de ne pas avoir à se déplacer avec une valise de billets pour acheter une voiture ...
Pour faire simple, il y a donc deux moyens principaux de créer de la monnaie dans l'économie : - La banque centrale peut décider de "faire marcher la planche à billets" en augmentant la monnaie fiduciaire en circulation ; - Les banques commerciales (en France, BNP-Paribas, LCL, Crédit Agricole etc.) peuvent accorder des crédits. La monnaie prêtée provient en fait pour une très petite part de celle déposée par les clients de la banque : et dans ce cas là il n'y aurait pas de création monétaire, puisque la monnaie existe déjà. La plus grande partie des crédits accordés par les banques n'ont pas pour contrepartie des sommes déposées par les clients.
Comment est-ce possible ? Très simplement : en accordant un crédit à un client, une banque commerciale va inscrire une somme de monnaie sur le compte que possède ce dernier auprès d'elle ("les crédits font les dépôts") et récupérer une reconnaissance de dette qu'on appelle une créance : elle va donc créer de la monnaie qui sera ensuite dépensée dans l'économie. Quand le client rembourse le crédit, inversement, cette monnaie est détruite. En permanence, la quantité de monnaie fluctue donc dans l'économie au gré des créations de monnaie (crédits accordés) et des destructions de monnaie (crédits remboursés). Cependant, si les banques accordent trop de crédits et que les remboursements de crédits sont plus faibles, la quantité de monnaie en circulation dans l'économie progresse. C'est ce qui s'est passé aux Etats-Unis au cours des dernières années.
2 / Qu'est qu'une création de monnaie "excessive" ?
Les crédits qu'accordent les banques commerciales leur rapportent des intérêts. Elles ont donc toujours intérêt à prêter davantage, mais avec une limite importante : à tout moment les clients qui ont de la monnaie scripturale déposée sur leur compte doivent pouvoir l'utiliser en paiement de leurs dépenses.
Par exemple, imaginons que la Société Générale ait accordé un crédit de 1000 euros à Madame Durand pour acheter un ordinateur et que celle-ci le paie en chèque ou avec sa carte bancaire. Si le compte du magasin est dans une autre banque, la BNP par exemple, il faudrait que la Société Générale procède à un virement de 1000 € de son compte vers le compte bancaire du magasin à la BNP. Mais comme la BNP a également des clients qui règlent leurs achats auprès de fournisseurs qui ont un compte à la Société Générale, les banques ne procèdent à des virements que sur des montants compensant la différence entre ce qu'elles doivent et ce que les autres banques leur doivent. Par exemple, si le même jour Monsieur Dupont a acheté avec le crédit que lui a accordé la BNP une télévision payée 800 € à un magasin qui a son compte à la Société Générale, à la fin de la journée la Société Générale ne devra plus que 200 € à la BNP et procédera au virement. Ce mécanisme s'appelle la compensation. Donc, à la fin de la journée, une banque peut se retrouver dans une situation où elle doit de la monnaie scripturale à d'autres banques. Si ses réserves sont suffisantes, elle peut procéder à un virement auprès de l'autre banque. Sinon, elle peut emprunter sur un marché appelé marché interbancaire. C'est sur ce marché que les banques se prêtent entre elles des sommes très importantes, les banques ayant le plus accordé de crédits étant évidemment et très logiquement celles qui doivent ensuite le plus emprunter aux autres banques lorsque les personnes qui ont emprunté utilisent l'argent prêté.
Plus une banque prête, plus cela lui rapporte des taux d'intérêts, mais également plus elle doit parfois se "refinancer" sur le marché interbancaire en empruntant à d'autres banques ou à la banque centrale (la BCE dans la zone Euro, la FED aux Etats-Unis) qui joue le rôle de "banque des banques". Celle-ci est le principal intervenant sur ce marché, et le taux d'intérêt auquel elle accorde des prêts aux banques sert de taux d'intérêt de référence. Voir ci dessous les évolutions en "montagnes russes" du taux d'intérêt directeur de la FED (en bleu) par rapport à celui de la BCE (en rouge) :
En quoi la quantité de monnaie créée a-t-elle été excessive aux Etats-Unis ?
D'une part, en fixant son taux directeur à un niveau très bas entre 2001 et 2004, la FED a permis aux banques de se financer à très bon marché (1 % de taux d'intérêt en 2003 !) ce qui les a encouragé à accorder des crédits en très grande quantité aux ménages et aux entreprises pour financer leurs dépenses. C'est cette création de monnaie qui est responsable en partie de l'augmentation des prix de l'immobilier, qui a dégénéré en bulle spéculative (ce que j'expliquerais dans un prochain billet). A partir de 2004, l'augmentation des dépenses a menacé de dégénérer en inflation et la FED a augmenté son taux directeur, ce qui a mis en difficulté les ménages ayant emprunté à taux variable, réduit les achats de biens immobiliers et précipité l'éclatement de la bulle en août 2007. La FED a donc une part de responsabilité dans la crise actuelle, en ayant créé les conditions d'une croissance reposant sur un niveau d'endettement excessif : l'endettement des ménages représente aujourd'hui près de 100 % du PIB des Etats-Unis, contre à peine 50 % en France. Pour approfondir, voir ci-dessous une vidéo éducative proposée par la BCE pour expliquer la politique monétaire de lutte contre l'inflation :
D'autre part, les banques qui ont trop prêté se retrouvent aujourd'hui devant de gros problèmes de liquidité : de nombreux ménages emprunteurs n'arrivent plus à rembourser ; les banques sont aujourd'hui très réticentes à se prêter entre elles par manque de confiance, chacune ayant des doutes sur la santé financière des autres. Voir cet extrait d'un article du Figaro d'hier :
L'assèchement des liquidités, non seulement capable de faire tomber des banques, mais aussi susceptible d'étouffer les entreprises financières, est entré ces derniers jours dans une phase critique. Les voyants, sur les marchés du crédit à court terme, sont au rouge vif. Les taux auxquels les banques se prêtent les unes aux autres pour trois mois ont monté continûment depuis début septembre et atteignent des sommets. En revanche, les prix de l'argent à 24 heures sont très raisonnables. Traduction : on ne prête plus aujourd'hui son « cash » qu'à échéance du lendemain. Ce qui implique que chaque jour, les directions financières des banques vont chercher l'argent qui leur permettra de « passer la journée » . La Banque centrale européenne a d'ailleurs mis hier à disposition des banques 50 milliards d'euros prêtés sur trois jours, de quoi tenir le week-end en fait.
Voir également ce reportage du journal télévisé de France 3 le 17 septembre 2007, il y a un tout petit peu plus d'un an. Après l'effondrement de la bulle spéculative immobilière en août 2007, il montre la situation d'une des premières victimes de cette crise, la banque Northern Rock en Grande-Bretagne : elle a d'abord fait face à une crise d'illiquidité (les autres banques ne voulaient plus lui prêter) qui l'a obligé à faire appel à la Banque d'Angleterre comme "prêteur en dernier ressort" ; mais par la suite, sa situation financière ne s'arrangeant pas, Northern Rock a du être nationalisée en février 2008 pour éviter une faillite. Un scénario qui ressemble beaucoup à ce qui se passe depuis début septembre aux Etats-Unis ...
Cette crise illustre bien les deux limites de la création monétaire : globalement, autrement dit d'un point de vue macroéconomique, elle peut dégénérer en inflation (hausse des prix de l'ensemble des marchandises, mais aussi "bulle spéculative" dans l'immobilier ou à la bourse) ; d'un point de vue microéconomique, trop de création monétaire peut mettre une banque dans l'impossibilité de faire face à son engagement principal, à savoir de permettre à ses clients d'utiliser les sommes de monnaie qu'ils ont déposées sur leurs comptes.
3 / Comment en sortir ? Comment rétablir la confiance ?
La politique menée par la FED a favorisé une croissance qui repose sur l'endettement, et donc favorisé les prises de risques des banques qui ont conduit à la crise actuelle. La FED a donc failli dans sa mission de régulation. Mais ces erreurs se sont déroulées dans un contexte de déréglementation des marchés financiers et bancaires qui a limité ses capacités de contrôle. C'est cette déréglementation depuis les années 1970 qui a permis le développement des deux autres phénomènes sur lesquels je vous propose de revenir dans de prochains billets : la titrisation et les bulles spéculatives.
Ces évènements montrent également l'importance de la confiance (en particulier entre les banques d'une part, entre les banquiers et leurs clients d'autre part) pour la stabilité du système monétaire et financier. Et celle-ci fonctionne de manière profondément asymétrique : elle est longue à s'établir, alors que le moindre évènement peut l'anéantir et propager la défiance à toute l'économie. On doit à John Maynard Keynes la mise en évidence de l'importance de ce facteur dans l'explication de la gravité de la crise des années 1930. Quand la défiance se généralise entre les acteurs du système, elle peut rendre inefficace les remèdes proposés pour sortir de la crise. Un exemple dans cette chronique "Eco" du 14 décembre 2007 sur BFM :
Précision sur la fin du commentaire : une récession, c'est quand la CROISSANCE et non le PIB est au cours de 2 trimestres inférieure à zéro, autrement dit quand le PIB baisse au cours de deux trimestres consécutifs ... ce qui semble être le cas en France (2e et 3e trimestre, 2008 selon l'INSEE).
L'importance des moyens déployés par les pouvoirs publics et les banques centrales aux Etats-Unis (plan Paulson de rachat de 700 milliards de $ de créances douteuses) ou en Europe peut renvoyer deux types de signaux opposés : - Les pouvoirs publics et les banques centrales prennent des décisions à la hauteur de la crise, ce qui est de nature à rétablir la confiance ; - Compte tenu de l'ampleur des mesures annoncées, la crise doit être encore plus grave que ce qui pouvait être anticipé, ce qui peut nourrir encore plus la défiance.
En clair : ces interventions sont nécessaires, mais rien n'est gagné ! Je laisse le dernier mot à Chappatte (Le Temps, Genève, 20 septembre 2008), qui voit dans ces évènements le retour de "super-contribuable", mais vous aurez compris que ses "supers-pouvoirs" sont limités !
Pour aller plus loin, une liste de liens collectés par Dan Israel d'Arrêt sur images, "contenu reconnu d'utilité publique" par les @sinautes. Bravo à Dan et merci d'avoir signalé également ces billets dans une autre série de liens, qui ne sont malheureusement accessibles qu'aux abonnés d'@SI. Vous savez ce qu'il vous reste à faire : abonnez-vous !
Un message très court, mais important pour certains.
Les écoles du secteur social (pour devenir Assistant de service social, Éducateur de jeunes enfants ou Éducateur spécialisé) recrutent sur des concours qui ont lieu à partir de début janvier, mais les inscriptions doivent se faire pour beaucoup en septembre. Il y a également des journées portes ouvertes dans certaines écoles début octobre. Autant dire que les délais sont très courts !
Toutes les infos sont disponibles sur le guide que l'ONISEP vient de publier, que vous pouvez télécharger ici. Je vous rassure, il n'y a que pour ces écoles du secteur social et certaines écoles du secteur médical (infirmier, ambulancier etc.) que les délais sont si rapides. Pour le reste (IUT, BTS, Classes prépas, universités etc.), les démarches se font au 2e trimestre, et je vous en reparlerai en temps utile.